L’échec de la guerre contre la drogue

American drug war

New York, jeudi 2 juin – la « Global Commission on Drug Policy » appelle à mettre fin à la « guerre contre la drogue » et à ouvrir un débat mondial sur de nouvelles alternatives pour réduire l’abus de drogues et remplacer les stratégies actuelles de criminalisation des drogues. « La guerre contre la drogue a échoué, avec des conséquences dévastatrices pour les personnes et pour la société » – c’est le principal message du rapport dévoilé hier.

 

Extrait du résumé exécutif du rapport de la « Global Commission on Drug Policy »

http://www.globalcommissionondrugs.org/ – rapport disponible en anglais et espagnol

(…) Cinquante ans après la mise en œuvre de la Convention Unique des Nations Unies sur les stupéfiants, et 40 ans après que le Président Nixon eut lancé le gouvernement des Etats Unis dans  sa première guerre contre la drogue, il est urgent de réformer profondément les politiques de contrôle des drogues, au plan national et mondial.

Les dépenses énormes engagées dans la criminalisation et la répression des producteurs, des trafiquants et des consommateurs de drogues illégales, ont clairement échoué à diminuer efficacement l’offre ou la consommation de drogues. Les réussites apparentes dans le démantèlement de trafics organisés sont presque immédiatement annulées par l’émergence d’autres sources de trafic. Les efforts de répression visant les consommateurs ne font qu’entraver les mesures de santé publique visant à réduire le VIH/sida, le nombre de décès par surdose et autres conséquences négatives de l’abus de drogues. Certaines dépenses publiques en faveur de stratégies futiles de réduction de l’offre se font au détriment d’investissements efficaces, scientifiquement validés, dans des politiques de réduction des méfaits et de diminution de la demande.

Nos principes et nos recommandations peuvent être résumés de la façon suivante:

En finir avec la criminalisation, la marginalisation et la stigmatisation des personnes qui font usage des drogues, mais qui ne nuisent aucunement aux autres. Remettre en question plutôt que renforcer les idées fausses sur les marchés des drogues, la consommation et les addictions.

Encourager les gouvernements à mettre en œuvre des expériences fondés sur des modèles de régulation légale des drogues, dans l’objectif de saper la puissance du crime organisé et de sauvegarder la santé et la sécurité de leurs citoyens. Cette recommandation s’applique en particulier au cannabis, cependant nous soutenons également l’implémentation d’autres mesures de décriminalisation et de régulation légale visant ces mêmes objectifs et susceptibles de servir de modèles.

Offrir des services de traitement à tous ceux qui en ont besoin. S’assurer de la disponibilité d’une diversité de modalités de traitement, incluant non seulement l’usage de traitements par méthadone ou buprénorphine, mais également les programmes de traitement par héroïne qui ont démontré leur efficacité dans plusieurs pays d’Europe et au Canada. (…)

Respecter les droits des personnes qui font usage des drogues. Abolir les pratiques abusives pratiquées au nom du traitement – telles que la détention des personnes, le travail forcé, l’abus physique ou psychologique – contraires aux standards des droits des personnes et à leur droit à l’auto-détermination.

Appliquer ces mêmes principes ou politiques citées ci-dessus aux personnes situées aux extrémités de la chaîne du trafic, telles que les fermiers producteurs, les petits passeurs, ou les petits dealers. La plupart sont eux-mêmes victimes de violence et d’intimidation ou sont dépendants de drogues.

Arrêter et mettre en prison des dizaines de milliers de ces gens durant ces dernières décennies n’a fait que remplir les prisons et détruire des vies et des familles, sans aucunement réduire la disponibilité des drogues illégales, ni le pouvoir des organisations criminelles. Il n’existe quasiment pas de limite au nombre de gens prêt à s’engager dans de telles activités pour améliorer leurs conditions de vie, aider leurs familles ou échapper à la pauvreté. Les ressources liées au contrôle des drogues peuvent être mieux appliquées ailleurs.

Investir dans des activités qui peuvent à la fois prévenir l’usage de drogues chez les jeunes, mais aussi aider ceux qui consomment déjà à ne pas développer des problèmes plus graves. Eviter les messages simplistes du genre « Il suffit de dire non », ou les politiques de « tolérance zéro », et préférer des efforts éducatifs fondés sur des programmes de prévention et d’information ciblant le développement des habiletés sociales et l’influence des pairs. Les meilleurs efforts de prévention semblent être ceux qui s’adressent à des groupes à risque spécifiques.

Cibler les actions de répression sur les organisations criminelles violentes, mais le faire de telle façon que cela puisse saper leur puissance et leur portée, tout en donnant priorité à la réduction de la violence et de l’intimidation. Les efforts doivent viser non pas à réduire les marchés de la drogue en soi, mais davantage à réduire leur dangerosité pour les individus, la communauté et la sécurité nationale.

(…)

Désormais il nous appartient de briser le tabou empêchant tout débat et toute réforme. Le temps de l’action est venu.