Développement: consultation informelle de la société civile

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Manifestation au Caire

 

Première consultation informelle de la société civile lors de la deuxième commission de l’ONU pour le développement 

Le siège de l’Organisation des Nations Unies à New York a accueilli le 22 octobre dernier un événement historique. Pour la première fois, le Président de la Deuxième Commission, l’ambassadeur Andrej Logar, représentant permanent de la Slovénie, organisait une consultation informelle avec la société civile pour débattre des questions clés dans la reconfiguration de la Deuxième Commission de l’Assemblée générale. Cette commission de l’ONU s’occupe des questions de développement et envisage de revoir son agenda et d’améliorer ses méthodes de travail afin de répondre aux besoins du nouvel agenda pour le développement durable adopté par les dirigeants mondiaux à New York en Septembre dernier.

Le rôle joué par la société civile est essentiel pour identifier la méthodologie et la stratégie à suivre pour atteindre ces objectifs ambitieux. Cette démarche innovante au sein de la Deuxième Commission constitue une opportunité unique pour la société civile d’apporter sa perspective propre et des contributions concrètes lors des délibérations des Etats membres concernant le programme et les méthodes de travail de la Commission, l’objectif étant de mieux répondre au défi de la mise en œuvre du programme d’ici à 2030.

L’événement visait à apporter des éléments de réflexion concernant les deux questions suivantes. Deux panels ont été organisés afin de fournir des propositions concrètes à ce processus.

  1. Comment la Deuxième Commission peut-elle s’assurer que son travail est bien en adéquation avec les objectifs du programme d’ici à 2030 pour le développement durable?
  2. Quel doit être le programme de la Deuxième Commission pour les années à venir?

Sous l’égide de Mme Barbara Adams, du “Global Policy Forum”, qui animait le débat, le premier groupe comptait la participation du Dr Louise Kantrow, de la Chambre de commerce internationale (ICC), de Mr Jeffery Huffines, de CIVICUS, de Mme Jean Krasno, du Conseil académique sur le système des Nations Unies (ACUNS), de Mme Eleanor Blomstrom, de “Women’s Environment and Development Organization (WEDO) et de Mme Naiara Costa, de “World Vision International”, suivies par une séance de questions et réponses.

Manifestants à Madrid

Parmi les points soulevés par les participants, quelques-unes des propositions concrètes à prendre en compte par les Etats Membres sont les suivantes :

  •   Garantir l’intégration et l’harmonisation, sans faire de laissés-pour-compte. Etendre le dialogue par-delà New York, en s’assurant que chacun est entendu, en particulier les citoyens et les partenaires locaux.
  •   Garder l’esprit ouvert. Ne pas aborder le programme avec des idées préconçues
  •   Etablir un plan de travail en lien avec les 17 objectifs. De nombreuses entreprises internationales sont d’ores et déjà en train de planifier leur travail de manière à y inclure le programme pour le développement durable d’ici à 2030.
  •   Rationaliser le programme de l’ECOSOC, renforcer son secrétariat, éviter de travailler de façon isolée.
  •   Créer un comité de pilotage pour le suivi des Objectifs de développement durable (ODD), dirigé par le président de l’ECOSOC et les représentants des cinq comités régionaux ; établir un fonds fiduciaire à des fins de renforcement des capacités.
  •   Prêter une attention particulière à l’égalité et à l’équilibre entre les genres, en garantissant des chances égales aux filles et aux femmes. L’égalité des genres n’est pas seulement une question de développement : c’est un droit humain.
  •   Créer un ample mouvement mondial de femmes parrainant d’autres femmes, pour mettre en place des parrainages en cascade et tournés vers le succès, via l’autonomisation des femmes de tous âges.
  •   Inciter l’ONU à donner l’exemple en nommant une femme comme prochain Secrétaire général.
  •   Intégrer les trois dimensions du développement durable dans le programme de la Deuxième Commission, en évitant les chevauchements.
  •   Rester engagés, soutenir les changements et aborder les problèmes d’ordre structurel et les inégalités, préparer les transformations structurelles à venir et éviter les retours en arrière.
  •   Associer la société civile au débat et respecter cette décision lors de tous les forums et discussions.

Le deuxième groupe de travail a abordé la question du contenu du programme de la commission pour les années à venir. Parmi les participants : Joseph Donnelly de Caritas Internationalis Mr Daniel Dudis, Transparency International, Dr Frank Goldsmith, World Federation of Trade Unions, Mr Abid Aslam, ActionAid, Mme Bhumika Muchhala, Third World Network.

Des débats passionnés ont offert des points de vues intéressants, tels que :

  •   Eviter les duplications, mais encourager les répétitions. Certains messages forts méritent d’être réitérés et non pas négligés.
  •   Avoir le courage de faire entendre sa voix. Inciter les ONG à interpeler les Etats Membres, à transformer le système actuel. Les ODD sont un véritable appel à l’action.
  •   Prendre conscience de l’interdépendance des ODD : ils ne sont pas cloisonnés. Il faut travailler sur chacun d’entre eux, chaque jour.
  •   Entendre l’appel pour la pauvreté. Le débat sur la pauvreté ne porte pas seulement sur l’économie, c’est aussi une question de soutenabilité. Nous devons lutter contre la généralisation de l’indifférence.
  •   Encourager la participation active, et non pas seulement les partenariats symboliques, et écouter les voix provenant du monde entier.
  •   Soutenir le mouvement anti-corruption, prendre conscience du pouvoir néfaste de la corruption qui sape les programmes de développement. Les pays qui ont le plus fort niveau de corruption dans le secteur public ont également les plus forts taux de pauvreté, moins d’enfants qui finissent leur cursus en école primaire, moins de filles scolarisées, de plus forts taux de mortalité infantile en raison de la mauvaise santé maternelle, des taux plus élevés de mortalité chez les femmes, ainsi que qu’un moindre accès à l’eau potable et aux installations sanitaires.
  •   Aller au-delà du modèle classique de coopération Nord-Sud et promouvoir la coopération Sud-Sud. Il faut trouver de nouveaux types de fonctionnement.
  •   Promouvoir la transparence et le sens de la responsabilité, l’augmentation des ressources et les financements diversifiés pour créer de nouveaux modes de financement et de coopération.
  •   Créer un système de coopération fiscale efficace, crucial à l’échelon du financement et du développement international.

Sous l’égide du Président de la Deuxième Commission, Son Excellence l’Ambassadeur Logar, cette réunion prometteuse est appelée à être renouvelée et constitue une amélioration des pratiques que d’autres Présidents pourraient vouloir imiter. Pour montrer qu’il s’agit d’un important signal de la prise en considération de la société civile, un résumé des débats sera fourni aux Etats Membres, avant les résolutions provisoires de l’Assemblée Générale des Nations Unies, prévues courant octobre en vue des négociations en novembre et décembre.

Pour toute autre information, consulter le lien suivant :

http://sd.iisd.org/events/second-committee-consultation-with-ngos/

Focus sur quelques-uns des objectifs de développement durable adoptés par les états membres des Nations Unies le 25 septembre 2015: