Communautés thérapeutiques et changement climatique

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Les CT ont-elles un rôle à jouer dans le changement climatique ? Il semble que oui. Notamment par l’éducation et les partenariats

1.5 degrees

En limitant le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius (2,7° F.) d’ici 2100, on espère éviter des bouleversements dramatiques qui pourraient exacerber les conflits, les migrations massives et la faim dans le monde – Fridays For Future, Sept. 2019, Bonn (Allemagne) – Photo by Mika Baumeister on Unsplash

Lors de la 28e Conférence mondiale de la Fédération mondiale des communautés thérapeutiques, une bonne pratique sur le rôle que les communautés thérapeutiques peuvent jouer en matière de changement climatique a été présentée, laquelle nous a paru intéressante. Pour approfondir cette question et contribuer à la sensibilisation surla nécessité d’agir face au changement climatique, nous avons le plaisir de publier un article d’opinion de Rod Mulen, co-fondateur de Amity Foundation.

Le plus grand défi à la vie humaine sur terre nous attend

 

Par Rod Mullen – Les effets du réchauffement de la planète ont déjà précipité un changement climatique dramatique et sans précédent qui a provoqué d’immenses souffrances humaines, l’extinction de nombreuses espèces de plantes et d’animaux, et des bouleversements tant économiques que politiques[1].

Et malgré les promesses répétées des gouvernements du monde entier, nous sommes en passe de dépasser largement l’objectif initial de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius au-dessus du niveau préindustriel. Au fur et à mesure que nous atteignons et franchissons ce seuil, un certain nombre de « points de basculement » sont susceptibles d’être déclenchés, ce qui pourrait rapidement rendre le monde invivable pour beaucoup d’entre nous, voire la plupart, ainsi que pour tous les autres êtres vivants.

Questions clés

Pour l’essentiel, les conséquences du réchauffement climatique auxquelles nous sommes confrontés sont encore occultées, souvent délibérément. Nous sommes bien trop peu nombreux à savoir comment les humains ont précipité cette crise, nous faisant passer de l' »holocène » à l' »anthropocène ». Les scientifiques se voient empêchés par leurs institutions de rendre compte de ce qu’ils apprennent[2].  Les grandes entreprises polluantes s’emploient activement à faire en sorte que les conséquences de leurs actions restent ignorées. De nombreux politiciens sont fortement subventionnés par des sociétés « climato-criminelles » pour ne pas tirer la sonnette d’alarme ni exiger des actions appropriées pour protéger le public et notre avenir.

Notre mode de vie doit changer rapidement et radicalement dans le monde entier. Pour éviter les conséquences catastrophiques du réchauffement climatique, presque tous les aspects de notre vie doivent changer. Mais souvent, les citoyens plus âgés répugnent à affronter ces problèmes et la nécessité d’un changement radical de notre mode de vie pour y faire face. Les citoyens plus jeunes, plus conscients que leur avenir est en jeu, ont peu de pouvoir économique ou politique pour influencer les politiques. Le changement se heurte toujours à une résistance ; un changement rapide et radical se heurte à une résistance encore plus grande. L’inertie est synonyme de stabilité, mais l’inertie est désormais synonyme de désastre.

L’une des principales conséquences du changement climatique est la réalité des migrations depuis régions équatoriales de plus en plus chaudes vers les régions plus fraîches. Les gens dont la vie et celle de leur famille sont en jeu ne respecteront pas (et on ne devrait pas s’attendre à ce qu’ils le fassent) des frontières politiques arbitrairement tracées. Ils iront vers le nord ou vers le sud pour survivre. Ces migrations de masse, aussi rapides que sans précédent dans l’histoire de l’humanité, auront des conséquences également sans précédent sur les structures politiques, économiques et sociales.

Face à cette crise mondiale, plusieurs réponses sont possibles : a) le déni ; b) la paralysie ; c) le désespoir et le nihilisme ; d) l’adoption et la promotion de changements cosmétiques qui n’ont rien de commun avec ce que la situation exige ; e) la collaboration et la résolution efficace des problèmes. Malheureusement, la plupart de ces réponses entrent encore dans les quatre premières catégories ; il est grand temps que cela change.

Les CT peuvent contribuer à la lutte contre le changement climatique

Au cours des six dernières décennies, les communautés thérapeutiques (CT) ont prouvé qu’elles étaient extrêmement adaptables pour relever de nouveaux défis dans le monde entier, et qu’elles n’avaient pas leur pareil pour préparer ceux qui viennent chercher de l’aide non seulement pour survivre, mais aussi pour s’épanouir dans la société après leur traitement. Les CT ont bâti leur crédibilité en s’adressant aux pauvres et aux marginalisés de la société  – soit ceux-là même qui souffriront le plus au fur et à mesure que les conséquences du réchauffement climatique se feront sentir partout dans le monde, exigeant des changements et des adaptations rapides.

Dans les CT, nous avons l’obligation morale et éthique de relever ce défi, de préparer nos participants à cette nouvelle réalité et de participer aux solutions.

Cela peut être fait 1) en éduquant sur les causes et les effets du changement climatique, ainsi que sur les moyens de le combattre, une partie essentielle des programmes d’enseignement que nous dispensons à nos participants ; 2) en prenant des mesures pratiques dans chaque CT et en mettant en œuvre des approches efficaces pour faire face au changement climatique sur chaque campus ou dans chaque établissement ; 3) en collaborant avec les organisations locales, régionales, nationales et internationales qui luttent contre le changement climatique ; et 4) en adoptant des pratiques d’achat auprès d’organisations dont les produits sont responsables sur le plan environnemental et social. En d’autres termes nous devons « récompenser » les organisations et les entreprises qui sont socialement et écologiquement responsables, et « punir » les climato-criminels en refusant de s’approvisionner auprès d’eux.

Bien que les communautés thérapeutiques ne représentent qu’un segment relativement restreint des organisations dans le monde, nous ne pouvons pas devenir des nihilistes du climat pour autant – ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas contrôler le comportement des autres qu’il ne faut pas agir sur nos propres comportements. Nous pouvons faire notre part, et en faisant notre part, nous pouvons « donner l’exemple » de comportements écologiquement responsables et collaborer avec les autres. Nous pouvons former des alliances de coopération en matière d’achats qui augmentent considérablement notre influence, tout en incitant encore davantage tous les participants et collaborateurs de nos organisations à se montrer à la hauteur de leur potentiel.

[1] https://www.nytimes.com/interactive/2021/12/13/opinion/climate-change-effects-countries.html?action=click&pgtype=Article&state=default&module=styln-op-climate&variant=1_opinion&region=MAIN_CONTENT_1&block=storyline_opinion_swipe_test_recirc)

[2] https://www.nytimes.com/2023/01/10/opinion/scientist-fired-climate-change-activism.html