Cannabis, un nouveau visage pour une nouvelle politique (3/3)

"Medicine Man", dispensaire de cannabis médical situé à Denver (Colorado)

Suite et fin de l'article du Dr. Kevin Sabet

Légaliser, cela va bien plus loin que le simple « vivre et laisser vivre » et ne plus mettre les fumeurs de joints en prison. Malgré le texte e la loi, la plupart des juridictions américaines ou européennes ne mettent déjà plus les usagers en prison.

Une étude des lois américaines et européennes a montré que la plupart des fumeurs de cannabis n’ont jamais vu l’intérieur d’une cellule de prison. Même s’il y a eu l’année dernière près de huit cent mille arrestations pour infraction à la législation sur le cannabis aux États-Unis – infiniment moins que le nombre d’arrestations pour des infractions non-violentes liées à l’alcool – la plupart des personnes arrêtées s’en sortent avec une amende ou une convocation. Indépendamment du fait qu’elles vivent dans un état où le cannabis est décriminalisé ou pas[1]. Les fumeurs de cannabis sont rarement, ou plutôt quasiment jamais, mis en prison. Du moins s’ils ne commettent pas d’autre crime. En fait, la recherche a montré que moins d’1% de tous les détenus étaient incarcérés pour le seul délit d’usage de cannabis.[2]

Kevin Sabet parle des conséquences de la légalisation (Columbus, USA) - Photo Columbus DispatchLe cannabis possède une valeur au plan médical, mais on ne devrait pas le consommer sous sa forme brute, fumé, ingéré ou vaporisé pour en avoir les bénéfices

Le cannabis est, au même titre que l’opium, une drogue potentiellement dangereuse avec une valeur médicale certaine. Mais tout comme l’opium, il n’est nul besoin de fumer, de manger ou vaporiser la plante sous sa forme brute pour en retirer les bénéfices médicaux.

Hélas, le cannabis « médical », tel qu’il est utilisé aujourd’hui en Californie, au Colorado et dans de nombreux autres états, s’est transformé en une véritable mascarade. Une étude récente a souligné que le « patient » moyen était un homme de trente-deux ans, blanc, avec un passé d’abus d’alcool et d’autres drogues, mais sans antécédent de maladie potentiellement mortelle[3]. D’autres études ont démontré que parmi les personnes sollicitant une carte leur permettant d’accéder au cannabis « médical », bien peu avaient le cancer, le VIH/sida, le glaucome ou la sclérose en plaques.[4]

Enfin, comme il a été souligné dans un article récent du Journal of Policy and Management cosigné par plusieurs chercheurs du RAND, diverses études ont découvert que les dispositions spécifiques des lois autorisant l’usage de cannabis à des fins médicales, à savoir la culture chez soi et les dispensaires légaux – deux dispositifs disponibles au Colorado et dans d’autres états aux lois similaires – sont associées de manière positive à l’usage de cannabis et « ont d’importants implications pour les états qui envisagent la légalisation du cannabis. »[5]

Le public ne devrait pourtant pas se sentir impuissant. Les Cours suprêmes des états (comme dans un cas récent en Californie) ont confirmé que les municipalités ont toute autorité pour interdire les points de vente de cannabis (plusieurs douzaines d’entre elles ont déjà fait ce choix en Californie et au Colorado). Les gens peuvent aussi aider à faire passer la vérité sur le cannabis dans leur communauté – en s’appuyant sur des messages de santé publique et sur des associations médicales afin de relayer le message selon lequel le cannabis est mauvais pour les familles et pour la société. 

Certains groupes, comme celui que j’ai démarré avec l’ancien membre du congrès, Patrick Kennedy, le projet SAM (Smart Approaches to Marijuana – www.learnaboutsam.org) sont prêts à soutenir tous ces efforts. Nous vous invitons à travailler avec nous et avec d’autres organisations similaires – avant que Joe Camel ne se réincarne en Joe Pot.

Reefer Sanity, 7 grands mythes sur la marijuana, par Kevin Sabet, Ph.D.Le Dr. Sabet est le directeur du Drug Policy Institute de l’Université de Floride et professeur assistant au Collège de Médecine, Département de Psychiatrie. Il a cofondé le projet SAM (Smart Approaches to Marijuana) avec Patrick Kennedy, ancien membre du congrès des Etats-Unis. Kevin Sabet est aussi l’auteur de Reefer Sanity: Seven Great Myths About Marijuana (2013, Beaufort) (Sept mythes sur le cannabis), consultant auprès de plusieurs organisations américaines et internationales comme l’ONU, via sa société the Policy solutions Lab. Le Dr Sabet est régulièrement invité à faire part de son expérience auprès des commissions gouvernementales ainsi que dans les rubriques opinions des plus grands titres de presse. 


  1. It is largely understood that whether a state is labeled as “decriminalized” or not does not necessarily mean much for describing its policy. Several non-decriminalized states actually have lower penalties than “decriminalized” states. See Pacula, R., J.F. Chriqui, and J. King. 2003. Decriminalization in the United States: What Does it Mean? National Bureau of Economic Research Working Paper # 9690; and Pacula, R., R.J. MacCoun, P. Reuter, J.F. Chriqui, B. Kilmer, K. Harris, L. Paoli, and C. Schaefer. 2005. “What Does it Mean to Decriminalize Cannabis? A CrossNational Empirical Examination,” in B. Lindgren and M. Grossman, eds. Advances in Health Economics and Health Services Research, vol. 16: Substance Use: Individual Behavior, Social Interactions, Markets and Politics. Elsevier Press; and MacCoun, R., Pacula, R. L., Reuter, P., Chriqui, J., Harris, K. (2009). Do citizens know whether they live in a decriminalization state?  State marijuana laws and perceptions. Review of Law & Economics, 5(1), 347-371.
  2. Bureau of Justice Statistics. (2004). Data collection: Survey of inmates in state correctional facilities (SISCF) Retrieved from http:// www.bjs.gov/index.cfm?ty=dcdetail&iid=275.
  3. O’Connell, T. et al. (2007). Long term marijuana users seeking medical cannabis in California(2001-2007): Demographics, social characteristics, patterns of cannabis and other drug use of 4117 applicants. Harm Reduction Journal. Retrieved from http://www.harmreductionjournal.com/content/4/1/16.
  4. Nunberg, H. et al. (2011). An analysis of applicants presenting to a medical marijuana specialty practice in California. Journal of Drug Policy Analysis, 4(1). Retrieved from http://www.bepress.com/jdpa/vol4/iss1/
  5. (Pacula, R. et al. 2013). “Assessing the Effects of Medical Marijuana Laws on Marijuana and Alcohol Use: The Devil is in the Details.” NBER Working Paper No. 19302, August 2013, JEL No. I18,K32,K42