Ateliers ‘psychoflamenco’

Mis en oeuvre au centre de Can Parellada de Dianova (Espagne), un programme sexospécifique de développement socio-affectif et d’autonomisation

Atelier "Psychoflamenco"

Les ateliers proposent un travail axé sur la gestion des émotions et la formation aux compétences sociales via la musique et la danse

Les ateliers ‘psychoflamenco’ ont été créés en tant qu’outil thérapeutique auprès des personnes aux prises avec des troubles liés à la consommation de substances, des femmes victimes de violences de genre et des hommes qui en sont responsables, sachant qu’il s’agit de problèmes interdépendants.

Les ateliers de psychoflamenco intègrent les bienfaits de la thérapie de groupe, de l’exercice physique, de la relaxation, de la musique, de la danse et de l’expression émotionnelle. Grâce à la méthodologie de ‘Libération flamenco’, ces ateliers proposent un travail axé sur la gestion des émotions et la formation aux compétences sociales via la musique et la danse et ouvrent ainsi un espace de travail thérapeutique sexospécifique mais ludique, via les émotions, le corps et l’ouverture au groupe.

En outre, les ateliers encouragent les interactions entre usagers dans une perspective éducative, analytique et critique du patriarcat. L’apprentissage du flamenco est ici considéré comme un outil permettant de travailler divers aspects socio-affectifs tels que l’estime de soi, la gestion des émotions, la communication assertive, le concept de soi, la relation avec son propre corps, la sensualité et l’analyse des mythes et des stéréotypes de genre. La perspective de genre, ou sexospécifique, devient à la fois guide, prise de conscience, analyse et critique des rôles de genre assignés par le patriarcat, tandis que l’objectif ultime de l’atelier est l’autonomisation des usagères. L’activité joue aussi le rôle de loisir commun permettant au groupe de mieux socialiser en dehors de l’atelier.

 

La musique et la danse, en tant qu’expressions artistiques, servent toutes deux de lien entre le monde intérieur et extérieur de la personne. Elles rendent ainsi possible la représentation de la réalité, l’expression de pensées, de sentiments et d’expériences et offrent un espace et des outils pour exprimer par l’art et par le corps ce que l’on ne sait pas exprimer par les mots, ouvrant ainsi la voie à la sublimation de façon saine, constructive et créative.

En quoi sont-ils adaptés aux personnes ayant des troubles de l’usage de substance ?

Les femmes en recherche de traitement pour une addiction sont plus susceptibles d’avoir subi des mauvais traitements, notamment à cause de carences affectives ou psychologiques souvent associées, telles qu’une faible estime de soi, des problèmes d’affirmation, ou encore un environnement social défavorable.

Le fait d’être une femme et de faire usage de drogues implique un double facteur de risque de subir des violences familiales. De plus, la maltraitance prédispose ces femmes aux addictions – les trouble liés à l’usage de substances ou à l’image corporelle traduisant une forme d’autodestruction ou encore une dysfonctionnelle pour faire face à la situation.

Les problématiques d’addiction aux substances et de violences de genre sont liées. Les femmes concernées peuvent soit essayer d’anesthésier leur réaction traumatique par les drogues, soit adopter un mode de vie associé à l’usage de substances qui les expose davantage à la violence.

Expression artistique, activité thérapeutique

La musique et la danse, en tant qu’expressions artistiques, servent toutes deux de lien entre le monde intérieur et extérieur de la personne

Il n’existe pas de profil type de femme victime ou d’homme auteur de violences, c’est pourquoi l’intervention doit être adaptée aux différents profils individuels. Malgré tout, certaines caractéristiques sont communes à la plupart, comme une faible estime de soi, l’intériorisation des stéréotypes de genre et le mythe de l’amour romantique. Chez les victimes comme chez les auteurs de violence, on note également des caractéristiques propres aux personnes dépendantes : une faible estime d’eux-mêmes encore une fois, un certain degré d’isolement social, la dépendance vis-à-vis du partenaire, la culpabilité, le sentiment d’impuissance, l’indécision et/ou le recours à des modes de communication extrêmes, passifs ou agressifs.

Agir sur les deux problématiques est par conséquent non seulement possible mais nécessaire, tant chez les hommes que chez les femmes, puisque les deux facteurs sont interdépendants. C’est pourquoi il est essentiel de développer les habiletés personnelles et sociales telles que l’image de soi, l’estime de soi, l’expression affirmée de ses sentiments et de ses désirs, l’écoute, l’empathie, la négociation, les limites, le travail en équipe et la coopération, les techniques de relaxation, etc.

 

La perspective de genre est à la base de l’atelier car elle est permet de mettre un cadre à la violence machiste tout en permettant une analyse et une remise en question des mythes et des stéréotypes qui soutiennent et perpétuent cette violence. Elle est aussi essentielle pour aborder le flamenco d’un point de vue critique et choisir les matériels appropriés.

Le travail de groupe est l’outil idéal pour aborder ces aspects, en lien avec la psychothérapie individuelle. Grâce à un accompagnement professionnel, les participantes y trouvent un espace de confidentialité et de respect mutuel au sein duquel celles qui ont vécu des situations de violence peuvent trouver un soutien social et s’entraider dans l’apprentissage des habiletés socio-affectives

Les ateliers de psycho-flamenco sont un espace adéquat pour la thérapie de groupe car ils offrent également des avantages qui ne sont pas proposés par le groupe, comme ceux liés à la musique et à l’expression corporelle, à l’exercice, au développement des habiletés, à l’orientation sexuelle et surtout ceux qui sont associés à l’ouverture d’un espace plus souple que l’espace thérapeutique pour atteindre les objectifs.

La créatrice des ateliers

Roser Vicente Marín est titulaire d’un diplôme de psychologie de la santé de l’Université de Barcelone, d’une maîtrise en addictologie et d’un diplôme de troisième cycle en évaluation et intervention en matière de violence familiale. Elle a une expérience en psychothérapie dans différents centres du réseau addictions à Barcelone et une formation en danse flamenco à Barcelone et à Grenade.