Pour une Europe à l’avant-garde des politiques des drogues

Un nouveau manifeste appelle à mettre en œuvre des politiques des drogues pour une Europe plus sûre, en meilleure santé et plus juste

Le  Manifeste a déjà été signé par de nombreux politiciens et décideurs, y compris des candidats au Parlement européen. Il est soutenu par Dianova International – Photo par Christian Lue sur Unsplash

Par l’équipe éditoriale – Les élections européennes 2024 auront lieu du 6 au 9 juin prochains, la date variant en fonction des pays. Les quelque 450 millions de citoyens de l’Union Européennes seront amenés à choisir leurs représentant·e·s au Parlement européen et donc, à peser sur le futur de l’Europe. Au vu de la situation actuelle en matière de drogues, peser sur le futur de l’Europe, c’est aussi choisir celles et ceux qui sauront représenter le mieux les intérêts des citoyens via des politiques des drogues pragmatiques, efficaces et justes.

Plus de drogues, plus de violences

Selon l’étude EU Drug Markets Analysis 2024, un document publié par Europol et l’Observatoire des drogues  (EMCDDA), les drogues disponibles en Europe sont de plus en plus variées et de meilleure qualité. Qui plus est, cette évolution du marché des drogues va de pair avec une plus grande efficacité dans le transport de ces drogues ainsi qu’une « résilience remarquable face aux crises mondiales, à l’instabilité et aux changements politiques et économiques significatifs. » Après la pandémie du COVID-19, à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ou la prise de pouvoir des Talibans, les trafiquants ont su s’adapter, se diversifier, parfois tout en créant de nouveaux marchés.

Le marché européen des drogues a connu une augmentation sans précédent de la disponibilité des drogues illicites, comme en témoignent la grande pureté des drogues et la stabilité des prix de vente au détail – Alexis Goosdeel – Directeur EMCDDA

Les trafiquants font par conséquent face à une concurrence accrue pour écouler leurs produits, ce qui explique l’augmentation générale des violences que l’on observe en Europe. Certains des États membres font face à des niveaux sans précédent de violence, souvent en lien avec les nœuds importants de distribution de cannabis ou de cocaïne et les marchés de détail concurrentiels. Ces meurtres, enlèvements, tortures et intimidations en tous genres ciblent en général les réseaux criminels concurrents, mais ils font aussi des victimes innocentes et génèrent un sentiment d’insécurité croissant dans le grand public.

Quelles réponses apporter?

Face à un tel constat, le premier réflexe des citoyens européens serait d’exiger des politiques plus répressives, à l’égard des trafiquants comme des consommateurs. Cibler les organisations criminelles et réduire au maximum la demande semble être une réponse logique. Pourtant, depuis 50 ans, ces politiques de « guerre contre les drogues » mises en œuvre un peu partout dans le monde ont surtout montré une remarquable inefficacité. Et surtout, durant longtemps, cette « guerre contre la drogue » masquait en fait une guerre contre les usagers de drogues.

Fort heureusement, l’action de l’Europe se fonde désormais sur un autre modèle, plus juste. La stratégie de l’UE en matière de drogues 2021-2025 repose sur un équilibre entre réduction de l’offre et réduction de la demande, en fonction de données probantes concernant ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas au plan des politiques et des mesures. La stratégie européenne appelle aussi les pays de l’UE à réduire la stigmatisation des personnes qui utilisent des drogues et promeut un investissement accru dans un large éventail de services de traitement et de réduction des risques et des dommages, tout en rejetant le paradigme éculé d’un monde sans drogue. Enfin, l’approche européenne revendique son engagement en faveur du respect des droits humains, de l’égalité des sexes et de l’équité en matière de santé, tout en incitant à une participation accrue de la société civile.

Il reste qu’en matière de drogues, les idéologies ont la peau dure et les plus nocives n’hésitent pas à montrer leur vilain nez, surtout en période électorale. D’autant plus que, l’Europe étant l’Europe, la stratégie européenne en matière de drogues n’est pas légalement contraignante. Si ladite stratégie représente la position, les objectifs et les aspirations actuelles des États membres en matière de politiques des drogues, chacun d’eux est libre de faire comme il l’entend.

Manifeste en vue des élections européennes 2024

A l’initiative de plusieurs organisations, incluant International Drug Policy Consortium (IDPC) et Correlation – European harm Reduction Network, le nouveau manifeste a pour titre: « Pour une politique des drogues qui rende l’Europe plus sûre, en meilleure santé et plus juste ». Plus sûre, en meilleure santé, plus juste, ce sont les trois axes des changements proposés dans ce court document.

Plus sûre – le manifeste appelle à mettre un terme aux politiques de « guerre contre les drogues » qui n’ont pu réduire ni la taille des marchés des drogues, ni le pouvoir et la violence du crime organisé. Ces politiques, souligne-t-il, ont coûté des milliards dépensés en vain, et sont aussi en partie responsable de la stigmatisation des personnes qui utilisent des drogues. Le document recommande d’explorer de nouvelles approches des marchés des drogues, incluant la régulation responsable du cannabis afin de combattre le crime organisé.

En meilleure santé – face à la présence croissante de nouvelles substances psychoactives, le document demande aux institutions européennes de donner priorité au financement de services intégrés de santé et d’accompagnement qui ont fait leurs preuves. Les politiques européennes doivent être rééquilibrées: il faut mettre un terme au tout-répressif au profit de la santé. L’Europe doit passer la vitesse supérieure en matière d’investissement et de soutien aux programmes de prévention et de traitement fondés sur des données probantes, ainsi qu’à tous les aspects de l’approche de réduction des méfaits.

Plus juste – le manifeste souligne enfin que l’élaboration et la mise en œuvre de  politiques des drogues plus efficaces exigent la participation des organisations de la société civile. Ce sont elles qui sont les mieux informées des nouvelles tendances des marchés des drogues. Ce sont elles qui travaillent tous les jours auprès des communautés et des populations vulnérables. Enfin, et surtout, les politiques doivent impliquer les premiers concernés: les communautés affectées et les personnes qui utilisent des drogues.

Pour en savoir plus, lire le document actuellement disponible en six langues