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Opiacés: la solution entre les mains du congrès

L’année 2017 s’est terminée sans qu’aucun financement n’ait été trouvé. La question est désormais entre les mains du Congrès

Epidémie d'opiacés

Par Ignacio Torres – La mise en œuvre des mesures visant à endiguer la crise est ralentie par le manque de ressources allouées au Fonds d’urgence pour la santé publique. Faute d’une solution efficace, on estime qu’un demi-million de personnes pourraient mourir dans la prochaine décennie.

Le diagnostic est aussi alarmant que décourageant : aux États-Unis, les opiacés tuent davantage que durant les pires moments de la guerre du Vietnam ou de l’épidémie de VIH/sida. En moyenne, 175 personnes perdent la vie chaque jour. Plus de 560.000 morts entre 1999 et 2015.

En octobre dernier le président Trump a officiellement qualifié la crise des opiacés « d’urgence sanitaire publique », en raison de l’explosion de la consommation de médicaments antidouleurs (hydrocodone, oxycodone, morphine, etc.) et de celle des opiacés illégaux comme l’héroïne.  Néanmoins, beaucoup ont jugé la mesure insuffisante – en particulier les organisations qui prennent en charge les addictions – car celle-ci ne permet pas, entre autres, de libérer rapidement des ressources, comme cela aurait été le cas avec la « déclaration d’urgence nationale ».

 « Ce qu’il faut, c’est davantage d’argent. Nous avons besoin de fonds supplémentaires pour les États qui sont en première ligne de cette crise, faute de quoi, ils ne pourront pas mettre en place des programmes de prévention et de traitement qui sauvent des vies », explique Mitchell Rosenthal, fondateur de Phoenix House, une organisation à but non lucratif, qui offre des traitements aux personnes dépendantes des drogues et de l’alcool.

Une maladie chronique, pas une faute morale

Pour l’instant, l’allocation des ressources demeure entre les mains du Congrès, en suspens. Ce qui n’a pas empêché la Commission présidentielle de lutte contre la crise des opiacés d’émettre – quelque six jours après la déclaration d’urgence sanitaire – un rapport comprenant 56 recommandations, tout en insistant sur le fait que les addictions sont une maladie chronique et non pas une « faute morale ».

Le rapport recommande notamment d’élargir l’accès aux « tribunaux des drogues » (Drug Courts) à tous les états américains. Il s’agit de services judiciaires supervisés qui proposent une sentence alternative de traitement destinée aux personnes ayant de graves problèmes de consommation ou des troubles de la santé mentale. Les « tribunaux des drogues » utilisent une approche de santé publique au sein de modèle spécialisé englobant différents services judiciaires et socio-sanitaires et visant à un rétablissement à long terme des personnes.

 

Selon le rapport de 138 pages : « C’est un procédé éprouvé pour le traitement des personnes ayant commis des crimes non violents en raison d’un trouble de l’abus de substances. Cependant, 44% des Comtés du pays ne disposent toujours pas d’un tel service pour les adultes ».

La Commission présidée par le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, préconise également de renforcer et d’améliorer l’accès aux traitements de substitution par méthadone et buprénorphine, deux médicaments jugés particulièrement efficaces contre les addictions aux narcotiques. À l’heure actuelle, seuls 10.6% des jeunes et des adultes en demande d’aide pour surmonter leur dépendance reçoivent de tels traitements – une situation jugée « inacceptable » par la Commission.

 

Le groupe d’experts insiste pour que le gouvernement fédéral soutienne les programmes et les politiques les plus efficaces dans le but de réduire le nombre de personnes touchées par l’addiction. Pour ce faire, la commission propose que le Bureau de la Maison Blanche chargé de la politique nationale de lutte contre la drogue puisse mettre en place un système de suivi et de contrôle visant à attribuer des ressources aux seuls programmes capables d’atteindre des objectifs quantifiables.

Enfin, la commission insiste sur la formation des médecins prescripteurs d’opiacés. « Les médecins et autres professionnels de la santé manquent souvent de la formation nécessaire à l’évaluation des patients susceptibles d’être concernés par l’addiction. » Le département de la Santé et des Services Sociaux (HHS) devrait en outre coordonner la mise en œuvre d’un programme national et de normes de soins pour chaque médecin prescripteur.

Un immense défi à relever

Les grandes villes comme Miami, New York et Los Angeles ont connu les effets dévastateurs du crack dans les années 80 et une partie des années 90. Au milieu des années 90, c’était au tour de la méthamphétamine de causer des ravages, notamment à San Diego, San Francisco, Denver et Hawaii. Pourtant, l’épidémie d’opiacés qui frappe aujourd’hui l’ensemble du territoire américain représente le plus important défi en matière d’addiction.

À l’heure actuelle, tous les yeux sont tournés vers le Congrès. L’année 2017 s’est terminée sans qu’aucune solution de financement n’ait été trouvée pour remédier au problème, et les discussions se poursuivent. Pour l’heure, la Chambre des représentants a proposé 15 milliards et le Sénat 45 milliards de dotation. Lors d’un point presse, le secrétaire par intérim du HHS, Eric Hargan, a déclaré : « Nous attendons avec intérêt de voir comment le Congrès va aborder la question. »

Malgré tout, il y a encore des raisons d’espérer. Le 10 janvier dernier, le groupe de travail bipartisan contre l’héroïne de la Chambre des représentants a fait connaître son nouvel agenda législatif pour 2018, lequel propose de donner un nouvel élan à la recherche de fonds ainsi qu’un ensemble de 17 mesures fondées sur la prévention, le traitement, la réhabilitation et la répression.

Le groupe de travail entend aussi trouver une solution au manque de ressources du Fonds d’urgence en santé publique. Pour ce faire, il veut démontrer que l’épidémie est devenue un fardeau pour l’économie américaine – à l’heure actuelle quelque six millions de postes demeurent vacants en raison de la crainte des candidats potentiels d’échouer  aux tests de dépistage de drogues.

 

Quant au président Trump, il a signé en janvier dernier une loi visant à donner aux agents de la protection des frontières et des douanes de meilleurs outils pour détecter et mettre un terme à la contrebande de fentanyl, un opiacé particulièrement puissant. Le ‘Interdict Act’ permettra notamment aux agents des douanes d’analyser le contenu des colis postaux, grâce à une subvention de 15 millions de dollars…

Quoi qu’il en soit, mettre un terme à l’épidémie d’opiacés demandera bien plus que quelques instruments high tech et une déclaration ‘d’urgence nationale’. Sans financement fédéral massif, c’est-à-dire chiffré à plusieurs dizaines de milliard de dollars, la crise ne peut que perdurer. Et encore, l’argent ne fait pas tout ; l’histoire est jonchée d’exemples de politiques en matière de drogues particulièrement dispendieuses, mais qui n’ont fait qu’empirer les choses.

Ce défi majeur exige de dépasser toute forme d’antagonisme afin d’agir vite et éviter qu’un autre demi-million de personnes ne perdent encore la vie dans les dix prochaines années.