ACEPA, Canada

L’éducation, pour en finir avec la stigmatisation des addictions

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La Journée Zéro Discrimination est l’occasion de mieux éduquer pour lutter contre la stigmatisation dont sont victimes les personnes qui font usage de substances

#JeMetsFinALaStigmatisation

Campagne de l’ACEPA: #JeMetsFinALaStigmatisation – l’ACEPA est membre du réseau DianovaPhoto: CAPSA, licence CC

1er mars, Journée Zéro Discrimination – Les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de substances (TUS) sont victimes de nombreuses formes de stigmatisation entraînant des inégalités et des discriminations partout dans le monde. Au Canada, une personne sur dix est aux prises avec un trouble de l’utilisation de substances, mais parmi celles-ci seule une sur trois a accès à un service de réadaptation et près de la moitié de celles qui ont reçu de l’aide ont déclaré que la stigmatisation constituait un obstacle (CCLAT, 2020). La stigmatisation des personnes aux prises avec un TUS est particulièrement répandue. Cette stigmatisation, qui se reflète dans la façon de parler, les attitudes et les comportements, constitue une discrimination à l’égard des personnes ayant un TUS.

En finir avec la stigmatisation et avec le silence

Les personnes qui font ou ont fait usage de substances et celles qui sont aux prises avec un TUS sont les premières concernées par l’impact négatif de la stigmatisation. Elles sont aussi les mieux à même de comprendre que la stigmatisation est un ensemble de fausses croyances profondément ancrées dans la société, à l’égard d’un groupe possédant au moins un attribut commun. Il s’agit de la base à partir de laquelle s’exerce le jugement, l’oppression et la discrimination. Une telle discrimination se traduit par des actions ouvertes, par des attitudes, par la conception de certains systèmes et politiques, ou encore par la complicité des spectateurs silencieux. Pourtant, un point positif se dégage de cette définition de la stigmatisation, et c’est la solution pour y mettre un terme.  Cette solution passe par l’éducation des oppresseurs, avec un objectif majeur : régler leur compte aux fausses croyances. Cette éducation doit idéalement être mise en œuvre par celles et ceux qui souffrent du problème, aidé·es par leurs allié·es demeurés silencieux jusqu’à présent. Lorsqu’on témoigne de ces actes de discrimination et d’oppression, le silence n’est plus.

Les TUS sont parmi les conditions les plus stigmatisées

La stigmatisation associée à des groupes structurels et sociaux importants, en plus de l’auto-stigmatisation, a un impact négatif sur la vie des personnes qui consomment des drogues et entraîne des difficultés d’accès aux services et aux ressources de réadaptation. La stigmatisation structurelle est inhérente aux règles, aux politiques et aux procédures des institutions publiques et privées.

 

Selon de récentes études de l’Organisation mondiale de la santé, les troubles sévères de l’usage de substances figurent parmi les affections les plus stigmatisées. Et d’autres recherches ont souligné que réduire cette stigmatisation représentant une condition essentielle de la réussite des mesures de prévention, de traitement et de réduction des risques.

La pandémie aggrave le problème

La pandémie de COVID-19 ainsi que l’isolement et la perte de revenus qui vont avec ont malheureusement encore aggravé la situation. Les personnes qui font déjà face à une consommation problématique de substances ont fait l’expérience de niveaux accrus de stress et d’anxiété entraînant une augmentation de leur consommation d’alcool, de cannabis et de tabac. Selon Statistique Canada, la consommation d’alcool a augmenté chez les 35-54 ans, et les 15-34 ans sont davantage susceptibles d’augmenter leur consommation d’alcool, de cannabis et de tabac que les 55 ans et plus (SC, 2020 & CCLAT, 2020).

L’approche de l’ACEPA contre la stigmatisation

La Journée « Zéro discrimination » est l’occasion pour l’Association communautaire d’entraide par les pairs contre les addictions (ACEPA) d’attirer des alliés et d’élargir ses partenariats au niveau international, afin de mieux éduquer et plaider pour mettre un terme à la stigmatisation et aux actes discriminatoires à l’égard des personnes qui ont vécu ou vivent avec un TUS. L’ACEPA a joué un rôle actif en établissant des partenariats avec des institutions nationales et internationales afin d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec un TUS, d’éliminer toutes les formes d’inégalité et de discrimination et de promouvoir la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances pour les personnes souffrant en raison de leur usage de substances.

 

L’organisation travaille en partenariat diverses parties prenantes aux niveaux national, provincial et local, avec des ONG, des professionnels de la santé et des membres de la communauté, afin de créer des cultures plus résistantes et plus inclusives, permettant de réduire la stigmatisation et de soutenir le mieux-être des personnes via des interventions diversifiées dotées de ressources institutionnelles.

Education au langage

L’ACEPA a lancé de nombreuses initiatives en partenariat avec des institutions gouvernementales et non gouvernementales, des universités, des organisations autochtones dédiées au bien-être, des communautés LGBTQ2S+, ainsi que la population francophone. Parmi celles-ci, la campagne #JeMetsFinALaStigmatisation, des réunions de soutien par les pairs sans stigmatisation – All People All Pathways – et des dizaines de projets communautaires, d’ateliers éducatifs et de matériel divers, afin de sensibiliser, réduire la stigmatisation et améliorer les services de santé pour les personnes ayant des difficultés avec l’usage de substances. L’ACEPA a organisé des ateliers éducatifs et des formations pour un langage centré sur la personne à l’intention des professionnels de santé, étudiants et employé·es de nombreuses organisations. Les participant·es ont déclaré être mieux informés sur la stigmatisation et les TUS et se sont engagés à apporter des changements à leurs services et au langage qu’ils ou elles utilisent.

La stigmatisation systémique existe en raison des fausses croyances de celles et de ceux qui sont aux commandes. Nous ne pourrons faire aucun progrès significatif si les gens ne sont pas éduqués, quand bien même ils ne se voient pas comme faisant partie du problème.

 

C’est pourquoi la première étape, c’est que les personnes vivant ou ayant vécu le problème se proposent comme éducateurs. Et la première étape pour les personnes qui oppriment, c’est d’accepter qu’elles ont besoin d’apprendre. Enfin, la première étape pour nos alliés, c’est d’être à nos côtés et non pas face à nous. C’est seulement ainsi que nous pouvons diminuer la souffrance des personnes qui font usage de substances ou qui vivent avec un TUS.


References:

Canadian Center on Substance Use and Addiction, 2020. COVID-19 and Increased Alcohol Consumption. By Nanos.

Canadian Center on Substance use and Addiction, 2020. Canadian Substance Use Costs and Harms. University of Victoria.

Rotermann M, 2020. StatCan COVID-19 – Data Insights for a better Canada. Statistics Canada.