Immigration: « Qu’on nous laisse tenter notre chance! »

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Amosa

"Nous étions onze, sur un bateau prévu pour quatre"

Peux-tu te présenter et nous dire pourquoi les gens quittent leur pays?

Je m'appelle Amosa (prénom fictif), j'ai 34 ans et je suis originaire du Cameroun.  Je ne peux pas parler pour les autres, mais je suppose que les gens partent pour les mêmes raisons que moi. Dans mon pays il n'y a pas de travail, pas d'opportunités. Et sans travail, personne ne peut fonder une famille et mener une vie normale. Là bas, moi et mes proches on se contentait de survivre au jour le jour. Avoir des rêves et des projets de vie est quasiment impossible, l'avenir est fermé.

Comment as-tu fait pour arriver jusque ici?

J'ai mis presque deux ans à arriver. J'ai quitté le Cameroun très exactement le 15 novembre 2015, et c'est seulement maintenant que j'ai réussi à poser le pied sur le sol espagnol, en Europe! Ça a été un vrai périple, avec des moments très difficiles qui mettent vraiment la résistance à l'épreuve. Mais durant ces moments difficiles, ces périodes de doutes, je me souvenais que j'avais au moins accompli ce qu'il y a de plus dur dans tout projet d'émigration: partir.

"Le plus difficile, c'est de prendre la décision d'émigrer. Il faut quitter la famille, les amis, renoncer à tout un pays, à son mode de vie, sa culture, etc. Pour moi c'était l'étape à la fois la plus difficile et la plus importante. En revanche, une fois commencé le voyage de ma vie, alors là rien n'aurait pu m'arrêter. Après bien sûr, il y a eu les épreuves du voyage avec notamment la traversée de trois jours avant d'apercevoir les côtes espagnoles. On était onze personnes sur un bateau prévu pour quatre… D'ailleurs, plusieurs de mes amis étaient avec moi, mais je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. En tout cas, dans ces moments de doute ou de danger, c'est la foi qui m'a le plus soutenu. La foi et ma force de volonté."

Et depuis ton arrivée en Espagne?

J'ai eu la chance de rencontrer le centre de Dianova. Les personnes qui travaillent ici sont à la fois très humaines et très professionnelles. J'ai été accueilli avec chaleur et je me suis senti tout de suite accepté, avec mes différences, ma culture, mes besoins et aussi mes défauts. Maintenant je suis en Espagne et c'est là que je vais pouvoir construire mon projet de vie grâce à ma formation en gestion et en administration des entreprises et en informatique. J'espère pouvoir obtenir un emploi dans l'import-export car je parle anglais et français.

Quel message voudrais-tu donner aux citoyens d'Europe?

(Amosa s'éclaircit la voix, visiblement ému) Si c'était possible, je voudrais demander l'aide de tous les citoyens européens. Beaucoup de mes sœurs et de mes frères africains sont en train de souffrir. Tout ce qu'ils veulent, c'est pouvoir quitter leur pays et ce qu'ils demandent c'est simplement un peu de générosité, un peu de solidarité pour qu'on les laisse tenter leur chance. Tous les gens devraient pouvoir tenter leur chance, quel que soit l'endroit où ils sont nés. 

Pour revenir à moi, je voudrais avant tout vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi et pour mes camarades, ici, dans le centre d'accueil humanitaire. Il y aura toujours un peu de l'association Dianova dans mon cœur. Simplement pour m'avoir tendu la main au moment où j'en avais le plus besoin; pour m'aider à faire de mon rêve une réalité.