En prenant le café : conversation avec Luca et Rafa

"L'organisation est entrée dans sa phase de maturité en se préoccupant moins d'elle-même que de ce qu'elle fait et des résultats qu'elle obtient"

A l’occasion des Rencontres annuelles du réseau Dianova, du 21 au 23 octobre à Palma de Majorque (Espagne), nous avons partagé un moment avec Luca Franceschi, président de Dianova International, et Rafa Goberna, consultant en développement des personnes et des organisations qui depuis 1999 travaille en relation étroite avec Dianova. Les deux hommes connaissent  bien l'organisation et nous livrent leurs réflexions sur ces rencontres et sur l’avenir de Dianova.

Toutes les photos de l'événement sur Flickr (album "Encuentros de la Red Dianova, Palma 2015")

Les rencontres de Dianova ont rassemblé quelque 50 participants venus de tous les pays du réseau. Au cours de ces trois journées ont eu lieu la réunion du conseil d'administration de Dianova, la 11ème édition du séminaire Gestion et Développement, consacré cette année au plan stratégique 2016-2020, ainsi que l’Assemblée annuelle de Dianova International.

Qu’avez-vous pensé de ces trois jours ?

Luca Franceschi: selon moi, l'organisation est définitivement entrée dans une phase de maturité. Après le démarrage de toute activité, il y a d’abord une phase pionnière, suivie d’une période d'adolescence. A la suite de quoi deux choses peuvent se produire : ou bien l'organisation se retrouve en situation d’échec ou bien elle entre dans sa phase de maturité. La maturité, c’est le moment à partir duquel l’organisation commence à se préoccuper beaucoup moins d’elle-même que de ce qu’elle fait et des résultats qu’elle obtient.

Les participants aux rencontres du réseau Dianova

Rafa Goberna : j’ai le sentiment, très positif, que nous sommes à un tournant. Les plans stratégiques précédents, depuis 1998, ont servi à amener l’organisation là où elle se trouve maintenant. A présent, celle-ci se trouve dans une situation qui lui permet de faire un important saut qualitatif.

Après ces trois journées, j’ai le sentiment que Dianova a emprunté un chemin qu’elle n’aurait pu emprunter il y a quatre ans. Il s’agit d’un chemin plus stratégique, qui va amener l’organisation vers une narrative différente. Comme le souligne Gary Hamel : « Si ce n’est pas distinct, ce n’est pas stratégique ». Je crois que Dianova a su mettre en place des choses distinctes, tout en maintenant son essence propre.  Distinctes parce qu’elles sont davantage en adéquation avec l’environnement qui se prépare. Voilà pourquoi je suis satisfait. Et en plus cela a été un véritable marathon pour arriver où nous en sommes.

Luca Franceschi: il y a un autre élément qui confirme ce que nous disons. Les plans stratégiques antérieurs ont toujours comporté une ligne de diversification, soit le fait de passer d’une association centrée sur les drogues vers une association davantage concernée par les différentes problématiques sociales. Le dernier rapport annuel du réseau nous a permis de constater que le poids des activités et des programmes en addiction était passé de 80% à 46%. L’organisation répond désormais à d’autres besoins, concernant notamment les questions liées à l’immigration, aux questions de genre, aux mineurs, au logement social, etc. Bien sûr, il faut faire beaucoup plus, mais c’est une réalité qui nous donne le courage et l’envie d’aller de l’avant.

Je pense que l’un de nos plus grands défis sera celui de nous engager plus encore auprès de la société civile et des organisations du tiers secteur, d’atteindre à une plus grande influence sur les politiques publiques. L'action politique, nous devons l’entendre comme la Politeia des anciens Grecs, soit le fait de participer à construire le bien commun. A mon avis, c’est ce que la société attend de nous. Non seulement que nous rendions un bon service, mais aussi que nous ayons une influence dans la construction de quelque chose de plus cohérent, car il y a beaucoup trop d’incohérence.

Rafa Goberna: ce qui m’a plu, c’est le côté très fluide de ces journées. L’organisation est allé au rythme qui lui convient. Elle n’a pas suivi un rythme forcé ni trop rapide ; c’est ce qui lui a permis d’arriver jusque là. Cela s’est fait de façon très naturelle, comme le fait d’intégrer une nouvelle catégorie de membres qui nous permettra d’enrichir le réseau Dianova.

Luca Franceschi : Cette nouvelle catégorie ouvre des possibilités de développement. Dans l’avenir, nous aurons une association Dianova capable d’élargir son champ d’action dans des pays et des cultures où nous ne sommes pas encore présents. 

Le fait de nous associer avec d’autres organisations qui œuvrent dans des environnements parfois très difficile peut nous apporter une richesse énorme. Pour Dianova, c’est une façon d’envisager l’idée de la construction du village mondial. En définitive, c’est une façon de commencer à penser l’être humain, non pas en tant que nations ou continents, mais en tant qu’espèce.

Rafa Goberna: l’un des effets de cette assemblée a été d’avoir engendré une plus grande confiance dans l’organisation, d’avoir généré une plus grande cohésion. Notre vision d’un avenir partagé est toujours plus proche. Cela me paraît particulièrement significatif, mais j’insiste, il nous a fallu attendre le moment présent. Il y a aussi eu des débats différents, avec plus de profondeur et d’implication.

Luca Franceschi: Je pensé aussi qu’il faut faire une juste autocritique, notamment sur les éléments sur lesquels nous devons travailler. L’organisation fait des choses concrètes et il est juste d’en parler. Mais il nous appartient de changer le focus vers ce que nous pouvons apporter, avec la sensibilité du contexte actuel. La sensibilité se transmet en apportant des réponses concrètes. Mais l’organisation ferait une erreur si elle devait s’enfermer dans la seule prestation de services. 

Dianova doit mettre davantage d’énergie à faire des propositions dans des forums où nous pouvons atteindre un effet de masse critique (fédérations du tiers secteur, alliances avec d’autres organisations, groupes de travail des Nations Unies et de l’Union Européenne, par exemple).

Parce qu'en définitive le tiers secteur représente entre 1 et 3% du PIB dans le monde occidental, nous devrions être des agents proactifs dans le fait de dépasser le capitalisme tel que nous le connaissons pour aller vers un système plus redistributif. Les organisations comme la nôtre ne s'opposent pas au système. En revanche nous croyons en la possibilité d'améliorer le système. A ce niveau, nous pouvons apporter une valeur ajoutée en aidant le politique, les institutions et le secteur de l'économie sociale à construire un modèle susceptible d'améliorer un système qui suppose autant de déséquilibres, sans pour autant tomber dans les utopies du passé.

Rafa Goberna: une société plus juste et plus équitable, voilà notre raison d’être. Pour terminer, je voudrais souligner que la réunion s’est très bien passée. Nos organisations vont préparer leur plan stratégique, il faudra simplement les mettre en œuvre, rien de plus.

Luca Franceschi: je voudrais insister sur l’énergie qui a été mise dans l’élaboration du plan stratégique de l’organisation. Plus de 50 personnes du réseau Dianova ont travaillé sur ce plan au cours de l’année, et après son approbation par l’assemblée, quelque 200 personnes prendront le relais. Une fois complété, le plan sera partagé parmi les 500 collaborateurs du réseau Dianova.