Drogues : répondre aux besoins des plus vulnérables

Dianova participe au deuxième forum de l’OMS sur l’alcool, les drogues et les comportements addictifs

2ème forum de l'OMS sur l'alcool, les drogues et les comportements addictifs

La prise en charge des comportements addictifs liés aux drogues depuis une perspective de santé publique a malheureusement 30 ans de retard par rapport à l’alcool.

Par Lucía Goberna – L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) organisait le deuxième Forum sur l’alcool, les drogues et les comportements addictifs à son siège à Genève (Suisse) les 27 et 28 juin derniers, un forum auquel étaient nombre d’institutions et d’experts reconnus dans ce domaine. Deux représentants de Dianova International ont assisté à la réunion. La directrice générale de Dianova International, Montse Rafel et Lucía Goberna, chargée des relations institutionnelles de Dianova International, ont assisté à la réunion.

Après le succès du premier forum en 2017, l’OMS souhaitait continuer à promouvoir la collaboration et le partenariat entre les organisations, réseaux et institutions œuvrant dans le domaine de la santé publique afin de renforcer les actions visant à réduire les problèmes sociaux et de la santé associés à la toxicomanie et aux comportements de dépendance. Dans un contexte mondial en mutation, il est essentiel de progresser vers une plus grande collaboration. Parmi les participants figuraient des représentants de l’OMS et d’autres institutions des Nations Unies, telles que l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), des représentants des pays membres, de nombreux experts universitaires et des représentants de la société civile.

Le forum a traité de plusieurs questions telles que la mise en œuvre de politiques et d’interventions efficaces, les dommages causés à des tiers par la consommation de substances ou de comportements addictifs, les déterminants commerciaux de la santé et le rôle des différents acteurs dans la réalisation des objectifs de la santé publique, ainsi qu’un bilan des progrès réalisés en matière de couverture sanitaire universelle.

Données relatives à l’alcool et autres drogues

Les troubles liés à l’alcoolisme affectent 283 millions de personnes (5,1 % de la population mondiale de plus de 15 ans), tandis que les troubles liés à la consommation de drogue touchent 35 millions de personnes (0,5 % de la population mondiale entre 15 et 64 ans) et on estime qu’au moins 360 millions de personnes ont une dépendance au tabac vis-à-vis de la nicotine. En ce qui concerne les comportements de dépendance, bien que la collecte de données pose problème, l’OMS estime que 0,1 % à 5,8 % de la population adulte souffre de problèmes liés au jeu et aux paris et entre 1,3 % et 9,9 % de la population mondiale ont des problèmes d’utilisation compulsive des jeux vidéo.

Les chiffres des décès attribuables à une substance psychoactive varient énormément selon la substance consommée : 7 millions sont attribuables à la consommation de tabac, 3 millions à la consommation d’alcool et entre 495 000 à 585 000 à la consommation de drogues (les données diffèrent selon l’OMS et l’UNODC).

Les réponses nécessaires

Les rapporteurs de l’OMS ont souligné la nécessité de renforcer les services de réduction des risques en tant qu’élément clé pour contenir la propagation des maladies transmissibles. L’OMS a appelé à davantage d’investissements dans les services de réduction des risques, ciblant les populations vulnérables, telles que la population carcérale. Une autre revendication était de promouvoir la dépénalisation de la consommation de drogue et de modifier les lois et les politiques afin de garantir leur conformité avec les droits de l’homme. Le problème de la stigmatisation et de la discrimination a été souligné dans de nombreux rapports comme l’un des principaux problèmes des groupes touchés, ainsi que par la nécessité urgente d’améliorer l’accès aux médicaments sous contrôle. Enfin, les représentants de l’OMS ont également souligné la nécessité d’améliorer la collecte d’informations et la participation des organisations de la société civile.

Parmi les nombreuses présentations faites, citons celle de Thomas Babor, de l’Université du Connecticut (États-Unis) sur « Les politiques en matière de drogue et le bien commun » (en référence à un livre publié sous le même nom) où il a présenté les enseignements tirés des différentes politiques mises en œuvre et leurs conséquences. Thomas Babor a partagé certaines réflexions qui remettent sérieusement en question les politiques en matière de drogue mises en œuvre dans certains pays. Par exemple, « plus on analyse certaines des stratégies de réduction de l’offre, moins elles sont efficaces ». Certaines de ces stratégies peuvent provoquer des perturbations temporaires sur les marchés de la drogue, mais peu ont pour effet de réduire la consommation de drogue à long terme. En outre, de nombreuses interventions de contrôle des approvisionnements absorbent les dépenses de contrôle des drogues les plus importantes dans de nombreux pays, même lorsque les preuves à l’appui de ces stratégies ne sont pas solides.

La prise en charge des comportements addictifs liés aux drogues depuis une perspective de santé publique a malheureusement 30 ans de retard par rapport à l’alcool. C’est également un problème qui demande plus d’attention, car des taux d’expansion sont observés, par exemple, dans les comportements de dépendance liés à l’utilisation compulsive de jeux vidéo.

Le monde universitaire a mis en place des initiatives telles que l’amélioration des critères d’utilisation compulsive des jeux vidéo, la formation des professionnels du traitement, l’établissement de directives permettant de parler de comportement addictif concernant le jeu et les paris, l’impact des appareils numériques sur les enfants.

Chez Dianova, nous sommes heureux de voir l’approche de l’OMS en matière de santé publique comme le moyen de poursuivre les efforts pour répondre aux besoins pressants des problèmes actuels de consommation d’alcool, de toxicomanie et de dépendance. Nous espérons de nouvelles avancées, en particulier dans le domaine des comportements provoquant une dépendance. Enfin, nous espérons que le consensus obtenu à l’issue de ce forum aura une influence sur les débats d’autres organisations intergouvernementales et à l’échelle des pays.

Lucia et Montse

Les représentantes de Dianova à Genève: Montse Rafel (g.), Directrice générale, Dianova International, et Lucía Goberna

Publication du Rapport mondial sur les drogues

Il faut souligner le rôle de plus en plus actif de l’OMS dans les politiques en matière de drogues, comme en témoigne l’organisation pour la première fois cette année de la présentation du Rapport mondial sur les drogues 2019 à Genève au siège de l’OMS. La dimension de la perspective de santé publique sur les drogues devient de plus en plus visible.

Lors de la présentation du rapport, Lucía Goberna, responsable des relations institutionnelles de Dianova International, est intervenue en tant que représentante du Comité des ONG de Vienne (VNGOC) et donc de la société civile. Elle a mis l’accent sur les chiffres alarmants des décès liés à la consommation de drogues, la nécessité urgente de trouver un équilibre entre les politiques d’utilisation rationnelle et de contrôle des médicaments sous contrôle international afin de garantir l’accès aux médicaments pour soulager la douleur et le rôle que peut jouer la société civile pour compléter les informations et les données collectées par les organisations supranationales.