Dianova parle de stigmatisation lors de la CND

Le 18 mars dernier, Kenneth Arctander représentait Dianova International en tant qu’intervenant lors d’un événement parallèle intitulé « Lutte contre la stigmatisation: poursuivre la discussion »

La question de la stigmatisation lors de la CND

Les journalistes doivent avant tout éviter de faire usage de concepts stigmatisants qui ne font qu’associer « le problème des drogues » à la violence, à la criminalité, au trafic ou à la pauvreté, a souligné Arctander

L’événement parallèle était organisé par l’UNODC, le ministère norvégien de la Santé et des Services de Soins, le gouvernement du Canada, la République d’Uruguay, la République d’Estonie, le Comité de Vienne des ONG sur les drogues (VNGOC), le Comité de New York des ONG sur les drogues, le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCSA) et L’Association communautaire d’entraide par les pairs contre les addictions (ACSPA).

L’événement était présidé par Rita Notarandrea du CCSA et Gord Garner de CAPSA. Miwa Kato, directrice des opérations de l’UNODC, et Gilberto Gerra, responsable de la branche prévention des addictions et santé à l’UNODC, ont d’abord fait une déclaration liminaire sur la stigmatisation et Kato a notamment salué les efforts déployés pour lutter contre la stigmatisation lors de la dernière CND, tandis que Gilberto Gerra a souligné la nécessité d’en finir avec l’ignorance et de remplacer l’approche moralisante par un modèle fondé sur la science.

En tant que représentant des ONG, choisi par le groupe de travail de la société civile sur les drogues, Kenneth Arctander a présenté la campagne #QuitStigmaNow de Dianova International. La campagne visait à sensibiliser le public aux conséquences physiques et psychologiques dévastatrices de la stigmatisation chez les personnes aux prises avec des troubles liés à l’utilisation de substances ou à des dépendances comportementales. La campagne entendait mettre en lumière comment les personnes concernées peuvent être stigmatisées et discriminées dans un certain nombre de milieux spécifiques, nommément, dans les médias, les services de soins de santé et sur le lieu de travail. Lancée dans 13 pays, la campagne a touché près de trois millions de personnes via les médias et les réseaux sociaux.

Kenneth a mis l’accent sur la préoccupation de Dianova face aux niveaux élevés d’ostracisme, de stigmatisation et d’auto-stigmatisation auxquels nombre de personnes font face dans les services de soins – des expériences qui ont d’autant plus d’impact qu’elles proviennent des personnes mêmes dont la mission est d’aider. Parmi les nombreuses conséquences de la stigmatisation, Kenneth a notamment souligné que les gens évitent de rechercher un traitement, de crainte d’être étiquetées comme « droguées », ainsi que le fait de recevoir des soins en deçà des normes habituelles de qualité. Selon lui, le traitement des addictions doit être organisé en un réseau de services travaillant en collaboration étroite afin de répondre aux besoins des bénéficiaires tout en aidant à réduire la stigmatisation. Ces services doivent fournir des informations justes, impliquer les usagers  dans toutes les phases du traitement en renforçant leur estime d’eux-mêmes, et  enfin s’efforcer de sensibiliser davantage la société aux questions liées aux addictions. Par exemple, il est urgent de lutter contre l’idée reçue selon laquelle les personnes atteintes d’un trouble lié à l’usage de substances sont nécessairement violentes ou immorales.

Stigmatisation dépendances

Les mots pèsent très lourd! Choisir les mots que nous utilisons avec plus d’attention est un moyen de faire la différence et d’aider à réduire la stigmatisation liée aux dépendances

Arctander a souligné que les médias se doivent de changer leur langage à l’heure de parler des dépendances ou des personnes aux prises avec des troubles de l’utilisation de substances. Ce qui est dit dans les médias a un impact énorme sur la façon dont ils sont perçus par la société et par eux-mêmes. Les journalistes doivent avant tout éviter de faire usage de concepts stigmatisants qui ne font qu’associer « le problème des drogues » à la violence, à la criminalité ou au narcotrafic. Ils doivent aussi éviter les tons alarmistes qui ne font que renforcer les stéréotypes, tout en privilégiant une approche objective de la question, dénuée de jugement moral. Enfin, les médias doivent mettre l’accent sur les circonstances qui entourent la question des addictions telles que les facteurs sociaux et familiaux, la pression des pairs, les inégalités et les expériences traumatiques.

 

Le directeur des politiques du gouvernement norvégien, Torbjørn Brekke, a affirmé son soutien à la campagne visant à mettre un terme à la stigmatisation des usagers de drogues avant d’évoquer l’expérience de la Norvège où l’on a instauré une meilleure écoute des personnes souffrant de troubles liés à l’utilisation de substances. Brekke a affirmé que cela avait contribué à réduire les préjugés. Il a terminé en soulignant que « mettre un terme à la stigmatisation, cela commence par moi ».

Le représentant de la République d’Uruguay, Diego Olivera a présenté le travail de l’Institut de réglementation et de contrôle du cannabis. Il a insisté sur la nécessité de parler ouvertement et objectivement de la consommation de substances. Son intervention ciblait avant tout la question du cannabis étant donné que cette substance est désormais légalement règlementée dans ce pays. Olivera a déclaré que, sur la base de la mise en œuvre du document final de l’UNGASS, les politiques en matière de drogues doivent être centrées sur les personnes, avec une approche fondée sur les droits humains et la santé publique. Il a souligné la nécessité de faire des efforts pour amener le changement et qu’il nous appartient de mettre en œuvre des instruments efficaces pour y parvenir. Selon lui, nous devons changer le langage que nous utilisons et repenser les lois actuelles. Le premier article de la loi sur le cannabis en Uruguay utilise l’argumentaire selon lequel la réglementation du cannabis est nécessaire pour promouvoir la santé publique et les droits humains. Diego Olivera a insisté sur le fait de veiller à ne pas utiliser de termes discriminants et de faire en sorte que les informations soient accessibles à tous.

Ain Peil, représentant du gouvernement estonien, a mis l’accent sur l’application de la loi. La police est l’une des parties prenantes les plus importantes et, alors même qu’elle est perçue comme l’une des responsables de la stigmatisation, elle pourrait pourtant contribuer à réduire celle-ci. Peil a souligné qu’il est indispensable de mettre en œuvre des systèmes de référencement et autres programmes visant à aider les usagers de drogues à entrer en contact avec les services de santé et les services sociaux, plutôt que de punir. Il recommande d’impliquer la police dans le plaidoyer en faveur de solutions, afin que toutes les parties prenantes travaillent ensemble dans un même objectif.