Addictions : respecter les droits des enfants

Il est temps de se pencher sur les droits des enfants et des jeunes exposés à l’usage problématique de substances

Garçon triste

L’impact négatif de l’abus d’alcool ou de drogues par les parents ou gardiens peut affecter l’enfant à court et à long terme, et peut causer des problèmes tout au long de sa vie – Photo par Kat J sur Unsplash

Par Lucía Goberna – Depuis plus de soixante-cinq ans, le 20 novembre, la Journée mondiale de l’enfance, entend sensibiliser et promouvoir le bien-être des enfants et des adolescents. Les enfants dont les parents ou gardiens ont une consommation problématique d’alcool et d’autres drogues sont plus susceptibles de développer des problèmes sanitaires, sociaux et psychologiques susceptibles d’affecter leur développement et leur vie quotidienne.

A Dianova, nous pensons qu’il existe des lacunes importantes concernant la situation de ces enfants dans les services d’addictologie. La question que l’on doit se poser est : quels sont les changements à apporter pour leur assurer un futur meilleur ; quelles sont les implications du point de vue de la formulation de politiques en matière de dépendances, et comment mettre en œuvre des services dont l’approche est fondée sur les droits de l’enfance ?

Pour répondre à ces questions, Dianova organisait le 22 novembre dernier le webinaire « Focus sur les droits des enfants dont les parents font un usage problématique de drogues ou d’alcool », qui a été suivi par une cinquantaine de personnes. Nous avons invité cinq experts en la matière qui ont apporté une vision ample et complémentaire du problème.

Recommandations: améliorer la collecte de données, la coordination entre les services et offrir des services de traitement réservés aux femmes

Corina Giacomello, consultante pour le Groupe Pompidou du Conseil de l’Europe, a présenté les résultats préliminaires de la recherche mise en oeuvre par l’organisation internationale dans seize pays. Parmi les recommandations présentées, il apparaît nécessaire de mettre en place des stratégies intégrées aux niveaux national et local ; de même, les pays devraient revoir les indicateurs concernant les demandes de traitement pour y inclure davantage d’informations sur la situation des enfants des bénéficiaires afin de mieux suivre la situation dans son ensemble.

En outre, il faut améliorer la coordination avec les services sociaux et de protection de l’enfance et renforcer l’offre de services de traitement réservés aux femmes. De plus amples informations sur les études et les recommandations sont disponibles ici.

Identifier les principaux défis en matière de services de traitement et de réduction des risques et les actions à entreprendre

Caroline Fuller et Gisela Hansen, de Dianova, ont présenté les principaux résultats d’une enquête menée cette année par Dianova auprès des organisations offrant des services de traitement et de réduction des risques, concernant la défense des droits des enfants dans ces services. L’enquête a permis d’élaborer une infographie qui a été présentée lors de l’événement « Protéger les droits des enfants exposés à la consommation problématique de substances ».

Parmi les aspects identifiés, il faut souligner les défis que posent la nécessité de soutenir les adultes tout en protégeant les droits des enfants au sein des services de traitement des dépendances, mais aussi le besoin d’intégrer une perspective sexospécifique dans ces services, et enfin, le devoir d’agir face aux éventuels abus contre les enfants. Tous ces éléments exigent de mieux former les professionnels, notamment en ce qui a trait à leur connaissance des circuits et des réseaux, mais aussi à leur devoir éthique.

Pour les professionnels, il faut aussi trouver un équilibre entre le suivi des parents et le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant, sans pour autant tomber dans le travers d’interventions stigmatisantes. Pour la majorité des répondants, il s’agit d’un défi à relever de toute urgence.

Placer les droits de l’enfant au centre de l’action : la nécessaire coordination des services

Nicola Corrigan, de l’Office national irlandais pour l’inclusion sociale, a présenté une bonne pratique issue du projet Hidden Harm. Ce programme innovant a été lancé en tant qu’initiative conjointe entre les services de santé et de planification familiale afin qu’ils déterminent ensemble le meilleur moyen de soutenir et d’accompagner les enfants des personnes en difficulté avec les drogues.

Cette initiative a débouché sur la publication d’un guide pratique destiné aux professionnels de différents services, promouvant notamment la prévention et l’intervention précoce. Le projet permet en outre d’organiser des sessions de formation et d’améliorer la coordination entre les services. Il s’agit d’une réponse holistique et intégrée, nécessaire pour protéger les droits des enfants dans des situations aussi sensibles.

Des exemples de la façon d’aborder le problème dans des contextes difficiles

Enfin, la parole a été donnée à Diane Joseph, directrice de la Forth Wave Foundation en Inde. Diane a abordé la situation dans la localité de Kerala, où un tiers des enfants pris en charge par les services d’aide à l’enfance ont un parent ayant un problème de drogue et où le manque de services sociaux est criant. Dans ce contexte, les programmes de prévention, la formation des parents, les programmes axés sur l’égalité entre les sexes et ceux qui favorisent l’intégration communautaire jouent un rôle crucial.

Cette séance a été suivie d’une session de questions et réponses sur divers sujets tels que l’implication du secteur privé, le partage d’études concrètes et les conséquences de la stigmatisation, par exemple.

Dianova tient à remercier les intervenants pour avoir partagé leur temps et leurs connaissances. Nous avons été heureux de constater l’intérêt et la motivation des professionnels pour aborder cette question sensible qui, dans de nombreuses situations, demeure invisible en raison d’un manque d’identification ou de la crainte de prendre des mesures susceptible de nuire aux communautés. Il est temps de se pencher sur les droits des enfants et des jeunes exposés à l’usage problématique de substances psychoactives !